Susan George is one of TNI's most renowned fellows for her long-term and ground-breaking analysis of global issues. Author of fourteen widely translated books, she describes her work in a cogent way that has come to define TNI: "The job of the responsible social scientist is first to uncover these forces [of wealth, power and control], to write about them clearly, without jargon... and finally..to take an advocacy position in favour of the disadvantaged, the underdogs, the victims of injustice."
Texte de l'intervention de Susan George lors de la ceremonie d'ouverture du lancement de la Marche Mondiale des Femmes 2000
Je voudrais d'abord féliciter toutes celles qui ont contribué à la préparation de cette journée-événement et aux autres actions à venir qui ne vont pas manquer de prendre de plus en plus d'ampleur, j'en suis certaine.
Je voudrais aussi féliciter la Marche pour cette admirable plate-forme mondiale Cahier des revendications mondiales contre la pauvreté et pour le partage de la richesse, contre la violence faite aux femmes et pour le respect de leur intégrité physique et mentale.J'y vois l'appropriation par et pour les femmes des connaissances sur la sphère mondiale où sont structurées tant de violences dont les femmes sont victimes. Que les femmes s'approprient leurs propres connaissances sur les mécanismes économiques de la mondialisation et en fassent un moyen de lutte, cela n'a pas toujours été le cas. Et cela m'apparaît très important qu'elles le fassent.
Impacts de la mondialisaton sur les femmes
Je voudrais parler de quelques exemples des impacts de cette violence structurelle au niveau international et sur les femmes en particulier.
La dette
Le premier impact concerne la dette. Nous savons depuis près de 20 ans maintenant que la dette a un impact de violence sur les femmes complètement disproportionné. En effet, la dette s'accompagne toujours des programmes d'ajustement structurel. Et ces programmes comportent toujours des privatisations et des pertes d'emplois massives. Les premières à en souffrir, ce sont les femmes. Quand les services publics sont privatisés, qui doit prendre la relève? Les femmes, naturellement. Ce n'est pas que le besoin de ces services a disparu, c'est que la responsabilité de les fournir retombe sur le dos des femmes.
De plus, les premiers budgets coupés le sont dans l'éducation et la santé. Quand les écoles deviennent payantes et que les familles ne peuvent y envoyer tous leurs enfants, les premières à être retirées de l'école, ce sont les filles, la famille estimant que les garçons auront plus de chance de réussier et de devenir soutien de famille. Nous assistons à une baisse de scolarisation des filles au moment où il faudrait l'augmenter. En particulier, il a été prouvé que quelques années de scolarisation de plus pour les filles est le meilleur des "contraceptifs": plus une femme a eu d'années de scolarité et plus elle possède la maîtrise de son corps
Il y a une limite physique à la distance que les femmes africaines peuvent marcher chaque jour pour chercher de l'eau et pourtant l'eau, pour plusieurs d'entr'elles est de plus en plus loin. Mais que faire quand les pays les plus pauvres doivent rembourser la dette? C'est le cas des pays de l'Afrique subsaharienne qui remboursent $18,000 US par minute pour le service de la dette ! Avec $18,000. par minute, on peut construire beaucoup de puits, d'écoles, de maternités qui continuent aussi à être démantelées.
Les statistiques font état de plus en plus d'inégalités et de polarisation sociale mais indiquent rarement que ce sont majoritairement les femmes et les enfants qui se trouvent dans les catégories les plus défavorisées. Cela est vrai particulièrement dans les pays pauvres quoi que c'est aussi vrai dans les pays riches. Par exemple dans un pays aussi riche que les Etats-Unis, les familles monoparentales dirigées par une femme sont les plus pauvres Aussi, 1 enfant sur 5 naît dans la pauvreté aux Etats-Unis et en Angleterre c'est 1 enfant sur 3.
Plus on privatise plus on demande aux femmes de se substituer aux services publics qu'on démantèle. La somme de leur travail augmente, leur fardeau augmente et elles ne sont pas compensées
L'Organisation mondiale du commerce (OMC)
La Marche a absolument raison de s'arrêter cet après-midi devant l'OMC. Il y en a pour prétendre que cette organisatin et le système commercial qu'elle régente est neutre par rapport au "genre". C'est faux.
L'OMC par exemple est incapable et refuse de reconnaître l'origine d'un produit, la manière dont il est arrivé sur le marché. Pour l'OMC un produit est un produit: il n'a pas d'histoire. Mais le produit peut avoir été fabriqué dans une zone de libre-échange (les export processing zones) où la main-d'oeuvre est féminine à 98%, sans droit à la syndicalisation et avec une intrusion intolérable dans la vie privée des ouvrières y compris des tests de grossesse obligatoires, on veut savoir les dates de leur cycle menstruel, etc. ...des énormités ! Certaines vivent même dans des conditions d'esclavage. Nous connaissons toutes ce drame en Thaïlande où plusieurs dizaines de femmes ont été brûlés vives dans leur usine parce que toutes les issues étaient fermées à clé ! Or ce type de production est sanctionné c'est-à-dire approuvé par l'OMC.
Je voudrais aussi vous donner l'exemple de la "banane". C'est le cas typique d'un jugement de l'Organe de règlements des différends de l'OMC, sensé être indifférent au genre. C'est faux ! Lorsque le gouvernement des Etats-Unis a porte plainte pour le compte de la Cie Chiquita Brands contre l'Europe en disant Vous devez acheter nos bananes de l'Equateur et d'Amérique centrale au même titre que celles des Caraïbes, l'OMC ne tient aucun compte du fait que l'Europe a signé la convention de Lomé avec les pays de l'Afrique, des Caraïbes et du Pacifique et ne tient aucun compte du fait que ce sont les femmes des Caraïbes qui vont perdre leur gagne-pain et qui n'ont pas d'autres alternatives économiques. Et disons-le aussi que les bananes Chiquita sont produites par des hommes dans des conditions de travail effroyables et avec des niveaux de pesticides dépassant toutes les normes.
Un système économique efficace?
Il faut nommer ce système comme le fait la Marche: "Ce système a un nom, c'est le capitalisme néolibéral". Et ce système prétend être le plus efficace économiquement. On nous assène cette soit disant vérité: ce système permettrait l'allocation optimale des ressources (pour employer le langage des économistes) naturelles, financières, humaines. Mais c'est un mensonge!
Un système qui refuse de prendre en compte les talents de la moitié de la population n'est pas un système efficace. Et de deux choses l'une:
- ou bien ce système considère que les femmes sont inférieures aux hommes et le système est alors cohérent avec lui-même: les femmes sont moins payées que les hommes, elles sont exclues et forment la masse des personnes pauvres sur la planète. C'est un système qui ne peut exercer de discrimination contre les femmes puisque leur infériorité est intégrée, elle en fait structurellement partie. "It is built in"
- ou bien les femmes ne sont pas inférieures aux hommes et ce système qui refuse leurs talents, les réprime, les exploite n'est pas un système efficace.
On ne peut pas affirmer les deux choses à la fois. Naturellement, ce capitalisme profite de toutes les possibilités de réduire ses coûts à travers l'exploitation et trouve des profits accrus grâce à l'exploitation du travail des femmes rémunéré et non-rémunéré.
Petit message pour Kofi Annan
L'an dernier à Davos Kofi Annan a proposé son fameux "Global Compact" ou Pacte global avec les entreprises privées transnationales. Bien sûr il n'y a pas beaucoup de femmes à Davos et je ne souhaite pas spécialement qu'elles y aillent. Et cela est caractéristique du système: Davos est un club ultra masculin.
Mais quand vous verrez Kofi Annan, dites-lui qu'il y a autant de raisons de marcher qu'il y a de femmes dans le monde et qu'au lieu de proposer des alliances avec les entreprises transnationales et de se préoccuper de leurs intérêts, il devrait plutôt prendre en compte nos revendications.
Je vous remercie
TNI fellow, President of the Board of TNI and honorary president of ATTAC-France [Association for Taxation of Financial Transaction to Aid Citizens]
Also by Susan George
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