«Nous n'avons pas les millions de Klaus Schwab»

20 January 2008
Entretien avec Susan George.

Susan George connaît bien la Suisse. Elle a participé à la conférence de l'Autre Davos à Zurich en 1999, lorsque l'idée du Forum social mondial (FSM) a germé. Elle est membre fondatrice d'Attac-France et a été vice-présidente de l'association de 1999 à 2006. Entretien.

Le Courrier: Cette année, il n'y a pas de Forum social mondial (FSM) pour contrer Davos.

Susan George: Lorsque nous avons eu l'idée du FSM, nous voulions effectivement faire de l'ombre à Davos.

Entretien avec Susan George.

Susan George connaît bien la Suisse. Elle a participé à la conférence de l'Autre Davos à Zurich en 1999, lorsque l'idée du Forum social mondial (FSM) a germé. Elle est membre fondatrice d'Attac-France et a été vice-présidente de l'association de 1999 à 2006. Entretien.

Le Courrier: Cette année, il n'y a pas de Forum social mondial (FSM) pour contrer Davos.

Susan George: Lorsque nous avons eu l'idée du FSM, nous voulions effectivement faire de l'ombre à Davos. Par la suite, les forums ont connu un tel essor que plus personne ne se souciait de ce qui se passait à Davos. Aujourd'hui, l'organisation du FSM est devenue si lourde qu'avoir une édition tous les deux ans me paraît plus sage. En attendant 2009, il y a la journée d'action mondiale du samedi 26 janvier.

Justement, cette journée n'est-elle pas une action par défaut?
Essayez donc de trouver chaque année des gens prêts à organiser le FSM, qui disposent d'assez d'argent et qui ont le soutien de leurs autorités nécessaire à l'accueil des milliers de participants! Nous n'avons pas de staff professionnel ni des millions comme Klaus Schwab! Moi, je préférerais des forums polycentriques, comme celui de 2006 qui avait été réparti entre Bamako, au Mali, Caracas, au Venezuela, et Karachi, au Pakistan. D'abord parce que davantage de monde peut s'offrir le voyage. Et la dernière fois que j'étais à Porto Alegre, j'ai eu l'impression d'être une rock star. Douze mille personnes étaient venues pour écouter la conférence dans le bien nommé stade Gigantino. Des agents de sécurité m'entouraient et empêchaient tout contact avec la foule.

Vos collègues d'Attac-Suisse font le constat d'un enlisement des forums. Est-ce aussi votre avis?
Ah bon? Je crois surtout que désormais tout le monde est au même niveau d'analyse. Au sein des forums sociaux, chacun fait le même diagnostic contre le néolibéralisme. Ce n'était pas évident au départ quand les gens découvraient les forums. Nous sommes maintenant entrés dans la phase de l'élaboration des propositions qu'il faudra ensuite pouvoir imposer. Les forums, avec la traditionnelle manifestation du premier jour (même si elle réunit deux cent mille personnes), c'est très bien mais il faut qu'il en ressorte quelque chose. Il faut se rendre compte que le mouvement altermondialiste n'a pas dix ans. Dans une perspective historique, c'est très peu. D'autant plus que tout est nouveau: il faut inventer une démocratie au niveau européen – où le parlement est très faible et où on nous ressert la même Constitution refusée par les Français et les Hollandais –, mais aussi sur le plan mondial.

Davos n'est-il pas un symbole plutôt qu'un lieu de décisions?
C'est un lieu social où les «maîtres de l'univers» se retrouvent pour renforcer ensemble ce qu'ils croient déjà. Le réchauffement climatique, la crise des subprimes, la faiblesse du dollar, le prix du pétrole... Ils n'ont rien vu venir. Ils veulent surtout ne rien changer. Pourquoi le voudraient-ils, eux qui sont chaque année plus riches?

Pensez-vous qu'il faille muscler les forums sociaux ou garantir qu'ils restent des espaces libres, où toutes les sensibilités puissent s'exprimer?
Au FSM, je n'ai pas envie de discuter du racisme ou du sexisme. Si cela ne tenait qu'à moi, je définirais une dizaine de priorités d'action: l'urgence climatique, la dette du Sud, le commerce injuste, les paradis fiscaux, la nécessité d'une taxation internationale... Il faut développer des stratégies communes pour combattre tous ces phénomènes qui nous empêchent de construire un monde plus juste.

PROPOS RECUEILLIS PAR SPE


Note : Le dernier livre de Susan George: La pensée enchaînée: comment les droites laïque et religieuse se sont emparées de l'Amérique, Fayard, 2007.

About the authors

Susan George

Susan George is one of TNI's most renowned fellows for her long-term and ground-breaking analysis of global issues. "How to win the Class War - The Lugano Report II" is the newest of her sixteen widely translated books. She describes her work in a cogent way that has come to define TNI: "The job of the responsible social scientist is first to uncover these forces [of wealth, power and control], to write about them clearly, without jargon... and finally..to take an advocacy position in favour of the disadvantaged, the underdogs, the victims of injustice."