Comment la droite s’est emparée des positions stratégiques aux États-Unis
La Pensée enchaînée.
Comment les droites laïque
et religieuse se sont emparées de l’Amérique,
de Susan George, traduction d’André Cabannes, Éditions Fayard, 2007, 320 pages, 20 euros.
Comment s’est produit
« le glissement tellurique »
de la pensée américaine vers
la droite ultra depuis les années 1970 ? La réponse de Susan George expose par le détail l’expansion de cette hégémonie culturelle qui paralyse la prise de conscience
au nom d’une modernité masquant une régression des acquis humains du siècle précédent.
Elle procède au démontage documenté
des instruments idéologiques qui ont permis aux croisés de l’ordre moral d’investir l’économique
et le social afin de lever les obstacles à la mise
en place d’un nouveau partage des richesses exigé par la financiarisation, présentée comme un choix de la nature n’ayant aucune alternative. Il fallait pour cela mettre un terme aux « obstacles » conçus après la grande dépression des années 1930
pour éviter catastrophes, insécurité, explosions,
et sauver une certaine conception du capitalisme.
Il fallait s’approprier « l’eau dans laquelle
les poissons nagent en n’en sachant rien ». La mise en condition s’est faite à partir des laboratoires d’idées et des universités dûment sponsorisées pour mettre au point les armes idéologiques
de destruction massive. La religion du marché engageant Dieu dans cette conquête patiente
de l’école au campus. Les croisés ont ensuite constitué des réseaux, des équipes qui ont pris
en main les leviers de pouvoirs. Réaffirmant,
à l’exemple du projet de nouveau siècle américain (le PNAC, de l’équipe qui porta George Bush
à la Maison-Blanche), leur hégémonie autour
de la « destinée manifeste » des États-Unis
à gouverner les affaires du monde et à offrir
un modèle made in USA qui s’est exporté
outre-Atlantique.
Le mensonge est devenu l’arme suprême contre toute opposition à leurs projets. Le bipartisme subventionné par des maîtres de l’économie veillant au retour sur leurs investissements
dans les deux partis politiques, pour détruire « cette culture plus généreuse », achevant selon l’auteure de transformer le rêve américain
de justice, de liberté en son contraire. Jusqu’au point où les contradictions d’un capitalisme financier ont mené au cauchemar actuel.
L’analyse pertinente du fonctionnement
de l’usine idéologique que décrit Susan George pouvait se passer de la reprise d’une critique parfois affirmée aux États-Unis voyant y naître « une forme naissante de fascisme », qui obscurcit plutôt le débat. Alors que l’auteure souligne
le rôle des associations, des groupes
qui expriment une profonde volonté
de changement contraignant aujourd’hui
les candidats républicains à ignorer dans
leur campagne leur président et les résultats
de sa politique. Le combat pour un autre monde possible y trouve un réel point d’appui, même
s’il est vrai que l’Amérique de Bush, « que ce soit du point de vue idéologique ou politique,
n’est pas encore sortie de l’auberge ».
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