Comment la droite s’est emparée des positions stratégiques aux États-Unis

TNI
Jacques Coubard
L\'Humanité
February 2008

La Pensée enchaînée.

Comment les droites laïque

et religieuse se sont emparées de l’Amérique,

de Susan George, traduction d’André Cabannes, Éditions Fayard, 2007, 320 pages, 20 euros.

Comment s’est produit

« le glissement tellurique »

de la pensée américaine vers

la droite ultra depuis les années 1970 ?

La Pensée enchaînée.

Comment les droites laïque

et religieuse se sont emparées de l’Amérique,

de Susan George, traduction d’André Cabannes, Éditions Fayard, 2007, 320 pages, 20 euros.

Comment s’est produit

« le glissement tellurique »

de la pensée américaine vers

la droite ultra depuis les années 1970 ? La réponse de Susan George expose par le détail l’expansion de cette hégémonie culturelle qui paralyse la prise de conscience

au nom d’une modernité masquant une régression des acquis humains du siècle précédent.

Elle procède au démontage documenté

des instruments idéologiques qui ont permis aux croisés de l’ordre moral d’investir l’économique

et le social afin de lever les obstacles à la mise

en place d’un nouveau partage des richesses exigé par la financiarisation, présentée comme un choix de la nature n’ayant aucune alternative. Il fallait pour cela mettre un terme aux « obstacles » conçus après la grande dépression des années 1930

pour éviter catastrophes, insécurité, explosions,

et sauver une certaine conception du capitalisme.

Il fallait s’approprier « l’eau dans laquelle

les poissons nagent en n’en sachant rien ». La mise en condition s’est faite à partir des laboratoires d’idées et des universités dûment sponsorisées pour mettre au point les armes idéologiques

de destruction massive. La religion du marché engageant Dieu dans cette conquête patiente

de l’école au campus. Les croisés ont ensuite constitué des réseaux, des équipes qui ont pris

en main les leviers de pouvoirs. Réaffirmant,

à l’exemple du projet de nouveau siècle américain (le PNAC, de l’équipe qui porta George Bush

à la Maison-Blanche), leur hégémonie autour

de la « destinée manifeste » des États-Unis

à gouverner les affaires du monde et à offrir

un modèle made in USA qui s’est exporté

outre-Atlantique.

Le mensonge est devenu l’arme suprême contre toute opposition à leurs projets. Le bipartisme subventionné par des maîtres de l’économie veillant au retour sur leurs investissements

dans les deux partis politiques, pour détruire « cette culture plus généreuse », achevant selon l’auteure de transformer le rêve américain

de justice, de liberté en son contraire. Jusqu’au point où les contradictions d’un capitalisme financier ont mené au cauchemar actuel.

L’analyse pertinente du fonctionnement

de l’usine idéologique que décrit Susan George pouvait se passer de la reprise d’une critique parfois affirmée aux États-Unis voyant y naître « une forme naissante de fascisme », qui obscurcit plutôt le débat. Alors que l’auteure souligne

le rôle des associations, des groupes

qui expriment une profonde volonté

de changement contraignant aujourd’hui

les candidats républicains à ignorer dans

leur campagne leur président et les résultats

de sa politique. Le combat pour un autre monde possible y trouve un réel point d’appui, même

s’il est vrai que l’Amérique de Bush, « que ce soit du point de vue idéologique ou politique,

n’est pas encore sortie de l’auberge ».