Nestlé accusé d'espionnage contre le groupe Attac
LAUSANNE/VEVEY, Suisse — Nestlé est accusé d'espionnage en Suisse. L'association Attac Vaud a décidé vendredi de déposer plainte contre inconnu après la diffusion d'une enquête de la Télévision suisse romande (TSR) selon laquelle la multinationale aurait mandaté une société de sécurité privée pour épier quelques altermondialistes qui rédigeaient un livre sur le groupe.
"C'est avec incompréhension et stupeur que j'ai pris connaissance de ces informations", a déclaré vendredi devant la presse Florence Proton, secrétaire générale d'Attac Suisse. Révoltés par cette "pratique choquante", les auteurs du livre ont décidé de porter plainte, avec le soutien de l'auteur de la préface, l'écrivain Susan George, présidente d'honneur d'Attac France.
Selon l'émission "Temps présent", la surveillance de Nestlé aurait débuté en automne 2003, après le sommet du G-8 à Evian, alors que le petit groupe d'Attac Vaud préparait un ouvrage sur le géant mondial de l'alimentation. Elle aurait duré jusqu'en été 2004, d'après Béatrice Schmid, l'une des auteurs du livre "Attac contre l'empire Nestlé".
En utilisant une fausse identité, une agente de la société Securitas se serait infiltrée dans le groupe de travail. "Elle a eu accès à toutes nos recherches, à tous nos contacts et nos sources en Suisse et à l'étranger", a ajouté l'auteure. L'agente de sécurité se serait aussi rendue au domicile privé de plusieurs auteurs du livre qui la soupçonnent de les avoir enregistrés.
Selon "Temps présent", l'agente aurait fait des rapports à Securitas qui en informait Nestlé. Securitas aurait également tenu au courant la police cantonale vaudoise de sa mission.
Interrogé par les journalistes de "Temps présent", Securitas ne dément ni ne confirme les faits.
La société admet toutefois avoir procédé à des infiltrations de divers groupes altermondialistes durant le G-8, mais pas d'Attac en particulier. "La police cantonale vaudoise savait que Securitas faisait du renseignement pour le compte d'un client", a déclaré à l'Associated Press son porte-parole Jean-Christophe Sauterel. "Sur la base des informations dont nous avions connaissance à l'époque, il n'y a toutefois pas eu d'infraction et l'activité n'était pas illicite."
Nestlé de son côté refuse de commenter les accusations présentées dans l'émission. Le groupe de Vevey se contente de confirmer par écrit avoir pris durant le G-8 des "mesures appropriées pour assurer sa sécurité, en étroite collaboration avec Securitas et la police cantonale vaudoise".
La plainte pénale des auteurs du livre est déposée contre inconnu, respectivement contre toute personne de Nestlé ou Securitas qui aurait agi contrairement au droit, a expliqué leur avocat Me Jean-Michel Dolivo. Sur le plan civil, une action sera aussi intentée pour des atteintes illicites à la personnalité. Au plan fédéral, le conseiller aux Etats écologiste vaudois Luc Recordon a de son côté déposé une interpellation auprès du Conseil fédéral (gouvernement).
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