Une économie écologique pour sortir de la crise

12 November 2008
Susan George décrit le «piège triangulaire» social, financier et écologique en train de se refermer sur l’humanité, et propose des issues originales pour s’en échapper, inspirées d’un keynésianisme d’un genre nouveau.

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Le monde est assailli de crises et, comme
chacune de celles-ci renforce et aggrave les
autres, il est utile de les penser structurellement
comme formant un triangle.

Susan George décrit le «piège triangulaire» social, financier et écologique en train de se refermer sur l’humanité, et propose des issues originales pour s’en échapper, inspirées d’un keynésianisme d’un genre nouveau.

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Le monde est assailli de crises et, comme
chacune de celles-ci renforce et aggrave les
autres, il est utile de les penser structurellement
comme formant un triangle. Cette
structure peut être soit conçue comme un
piège, soit suggérer une clé pour en sortir.
Le sommet A de ce triangle se nomme la
crise sociale, c’est celle de la pauvreté et des
inégalités. Ces fléaux augmentent à la fois
au sein des pays pris individuellement, au
Nord comme au Sud, et entre les pays développés
et ceux dits « en développement ». Le
sommet B est celui de la crise financière. Nous
lui assignerons aussi les crises alimentaire
et énergétique qui sont des crises de prix
marchands et de spéculation. Le sommet C
du triangle représente bien entendu la crise
écologique, la plus grave de toutes, celle du
changement climatique, le réchauffement planétaire,
la perte de la biodiversité.

Considérons un instant comment ces trois
crises s’auto-renforcent et font de ce triangle
– à première vue – une prison. La crise
de la pauvreté oblige les personnes les plus
démunies à surexploiter leur environnement,
les pousse à couper les arbres, à épuiser
les sols, à détruire les espèces vivantes,
grands mammifères compris. Le dénuement
n’est pas bon pour la nature. Mais en
haut de l’échelle sociale – dans cette stratosphère
où une minuscule élite s’est enrichie
au-delà de toute mesure –, une destruction
par la consommation à outrance
s’opère pour produire des dégâts au moins
aussi grands que ceux causés bien malgré
eux par les pauvres. Si chaque habitant
de la Terre avait droit à la même surface
pour sa subsistance, le partage équitable
donnerait environ un terrain de football et
demi par tête. Mais l’empreinte écologique
des riches dépasse de très loin cette
modeste mesure. C’est pourquoi ceux qui
rendent la croissance démographique
responsable de tous les maux devraient
regarder non seulement le nombre de personnes
sur Terre mais aussi leur poids relatif.
Londres, par exemple, consomme à
elle seule la totalité des ressources que l’équité
accorderait à l’ensemble de la Grande-
Bretagne ! Les Hollandais auraient besoin
de cinq ou six Nederland pour satisfaire
leurs besoins, etc.

Dans son livre Écroulement, le professeur
Jared Diamond identifie les raisons écologiques
de la disparition de plusieurs civilisations
du passé et constate que, pour chacune
d’elles, les élites avaient pu continuer
à consommer à l’excès longtemps après que
la grande masse de la population vivait déjà
dans la pénurie. C’est précisément à ce point
que nous nous trouvons aujourd’hui sur le
plan mondial, avec une surconsommation
des élites et au moins un milliard de personnes
qui manquent de tout.

Ainsi le pôle de crise sociale aggrave la crise
écologique. Mais, de manière peut-être plus
surprenante, il aggrave aussi la crise financière.
Les banquiers de New York, de Londres
et d’ailleurs sont payés des sommes
mirifiques, ont de ce fait beaucoup de pouvoir,
et passent leur temps à inventer de
nouveaux produits financiers que personne
ne comprend. C’est là l’origine de la crise
des subprimes, hypothèques vendues à des
millions de personnes pauvres, qui ont
emprunté sans toujours savoir ce à quoi
elles s’engageaient pour acheter leur maison.
Aujourd’hui elles se retrouvent à la rue. Les
agences de régulation ont laissé faire, et les
banques ont emballé ces dettes, avec d’autres,
dans des « paquets » qu’elles ont pu
vendre aux institutions financières du monde
entier. Ces opérations de « titrisation » ont
rendu mondiale une crise à l’origine purement
américaine. Les maisons saisies restent
invendues, les prix continuent à chuter,
et maintenant ce sont les grandes compagnies
semi-publiques de garantie des hypothèques,
Freddie Mac et Fannie Mae, qui
chancellent sur leurs bases et doivent être
sauvées avec l’argent du contribuable. On
estime à mille milliards de dollars au final
la somme qui pourrait leur être imposée.

Quant aux petits génies de la finance, comme
ils ne peuvent plus spéculer sur la hausse
des prix immobiliers, ils reportent leurs
investissements sur les marchandises de
base et les matières premières, notamment
alimentaires et énergétiques, contribuant
ainsi à faire grimper les prix de celles-ci et
rendant la vie des plus pauvres encore plus
précaire. Pour atténuer, prétendent-ils, les
émissions de gaz à effet de serre, les États-
Unis n’ont rien trouvé de mieux que de
consacrer plus du tiers de la surface plantée
en maïs et en soja à la production d’agrocarburants,
autre facteur important de la
hausse des prix alimentaires. Et comme il
n’y a pas de justice en ce bas monde, bien
entendu, la crise écologique va elle-même
aggraver encore le sort des pauvres. Les
récents rapports du Groupe intergouvernemental
des experts sur l’évolution du climat
(Giec) sont formels à ce sujet (1).

Il faut savoir que le Giec, qui réunit des centaines
de scientifiques du monde entier sous
l’égide des Nations unies, est un organisme
ultraconservateur du fait de sa structure.
Quand les chercheurs ont terminé leur travail
et rendu leurs rapports, c’est au tour des
gouvernements de sévir, notoirement ceux des États-Unis, de la Chine et de l’Arabie
Saoudite, qui font toujours tout ce qu’ils
peuvent pour atténuer la portée de tel ou
tel fait scientifique constaté. Le résultat est
un rapport a minima, ce qui rend ses conclusions
d’autant plus alarmantes.

En gros, nous dit le Giec, notamment dans
les tropiques, les régions sèches deviendront
plus sèches encore ; idem pour les régions
humides, qui seront souvent inondées. Le
Tuvalu, île du Pacifique, aura peut-être
l’honneur d’être la première terre habitée
à disparaître sous les flots. Les rendements
de l’agriculture pluviale en Afrique (ou il
y a très peu de cultures irriguées) pourront
être réduits de moitié ; les terres complètement
arides pourront augmenter de 8 %.
Partout les événements climatiques « exceptionnels
» deviendront bien plus fréquents.
La biodiversité est menacée ; plantes et animaux
de toutes espèces, incapables de
s’adapter aux changements de température
rapides, disparaîtront. Resteront les espèces
capables de se reproduire dans des conditions
très variées – mouches, moustiques,
orties, pigeons, corbeaux… Les humains,
quant à eux, quitteront leurs campagnes
pour les bidonvilles ou chercheront à émigrer
vers des latitudes plus accueillantes
– du moins sur le plan climatique. Et tout
cela avance à une vitesse vertigineuse : par
exemple, à la fin de l’été 2007, la glace de
l’Arctique était moitié moins épaisse qu’en
2004 à la même période – réduite de 2,6
mètres d’épaisseur à 1,3 mètre seulement.
Bref, le piège triangulaire social-financierécologique
se referme sur l’humanité, qui
semble, du moins en ce qui concerne ses
dirigeants, paralysée et incapable d’enrayer
le processus. Les remèdes proposés par les
conférences de Kyoto, Bali ou Bonn restent
tragiquement inadéquats, dérisoires,
même. Les banquiers sont déjà à pied d’oeuvre
pour que leurs pratiques restent dérégulées.
Les affamées à travers le monde participent
à des émeutes oubliées le lendemain.

Faut-il donc accepter une certaine fin du monde,
jouir du moment, se barricader derrière nos
remparts de relativement riches et nous
appliquer à verrouiller nos frontières contre
les réfugiés climatiques et les laissés-pourcompte
du monde entier ? Faut-il suivre
l’avis des banquiers et des agrégés es finances
et laisser faire le marché ? N’y aurait-il
donc rien d’autre à faire ? Bien sûr que si !
Regardons de nouveau notre triangle des
crises et des dangers comme un triangle de
possibilités et d’opportunités.

La première observation à faire est que la
crise écologique est la plus grave de toutes.
La première question à se poser est donc
celle-ci : est-il possible de la résoudre alors
que nous vivons dans la période du capitalisme
néolibéral la plus folle de toute l’histoire
de l’humanité ? Le capitalisme est précisément
un système qui, par définition, vit
dans l’éternel présent et se montre inca -
pable d’inclure les risques futurs dans ses
analyses marchandes. Peut-on même envisager
d’arrêter les dégâts écologiques que produit
nécessairement ce système, car c’est
sa nature d’être prédateur, si l’on ne fait pas
au préalable la révolution mondiale ?

J’avoue ne voir aucune révolution à l’horizon.
Je ne sais pas qui est le tsar qu’il faudrait
renverser ni où se trouve son Palais d’hiver
dont il faudrait s’emparer. Je constate
que ce Palais ne se trouve pas à Wall Street
où, quelques jours après le 11 Septembre,
les Bourses reprenaient comme si de rien
n’était et où, aujourd’hui, le gouvernement
s’emploie à tirer d’affaire les institutions
financières devenues, comme on dit
là-bas, too big to fail, trop grandes pour
faire faillite. Je ne vois pas non plus les
masses prêtes à marcher ni les partis
d’avant-garde en mesure de les conduire,
si toutefois elles existaient. Pour freiner
la surconsommation anti-écologique des
super-élites, nous n’avons pas l’option de
les pendre à la lanterne la plus proche…
Alors désespoir ? Résignation ? Après
nous le déluge ? Non point, mais une
volonté de regarder les choses en face et
de renoncer à une certaine pureté doctrinale
chère à une certaine gauche, qui parfois
préfère l’échec plutôt que d’abandonner
ses principes, inadaptés à notre
époque. L’ennui, c’est qu’avec la crise
environnementale, nous n’avons plus le
luxe de l’échec ni le temps d’attendre le
moment idéal qui nous permettrait, théoriquement,
de faire la révolution mondiale
et de mettre fin une fois pour toutes
au capitalisme. C’est ainsi que je propose
une autre sortie de la prison triangulaire,
sachant qu’elle déplaira à plus d’une lectrice
ou d’un lecteur. Que ceux-ci me disent
alors ce qu’ils feraient à la place, s’ils tiennent
vraiment compte de la gravité de
l’état de la planète et du temps très court
qu’il nous reste pour renverser le cours
des choses – s’il n’est pas déjà trop tard.
Qu’ils me disent s’ils croient, comme pour
moi c’est l’évidence, que tout changement
climatique sera irréversible. En politique,
on peut peut-être retourner en arrière,
défaire et refaire, mais chez elle, la nature
commande…

Née en 1934 aux États-Unis, je me souviens
comment les Américains ont réagi au déclenchement
de la Deuxième Guerre mondiale
– la leur, celle qui commence avec Pearl
Harbor en décembre 1941. En deux ans à
peine, le pays se convertit à une économie
de guerre qui bouleversa toutes les habitudes.
Beaucoup d’hommes étant partis combattre,
les femmes ont pris leur place dans
les lieux de travail, et les minorités, notamment
la minorité noire, trouvaient enfin
des emplois plus rémunérateurs. Certes,
des conflits capital-travail subsistaient, mais,
dans l’ensemble, ce fut une période de progrès
social, et les syndicats se sont renforcés.
Les familles plantaient des « jardins
de la victoire » afin de libérer une partie de
la production agricole pour les troupes.
Tout le monde, y compris les gamins, prêtait
de l’argent au gouvernement pour financer
ce gigantesque effort de conversion. À
l’école, on partageait un comic book à dix
pour pouvoir acheter, avec notre argent de
poche, des timbres de la victoire.

L’industrie automobile et celle du pneu,
dont vivait ma ville, ne faisaient plus que
remplir les commandes du gouvernement.
Quelques cadres très supérieurs des industries
devinrent des « dollar-a-year men », des
hommes payés un dollar par an par l’État
pour garantir la quantité et la qualité du
matériel livré au département de la Défense.
Mon parrain était l’un deux, ses chèques
d’un dollar signés par le Trésor américain
étaient encadrés dans son bureau, et moi,
sûrement insupportable, je me vantais auprès
de mes petites copines d’avoir pour parrain
un prestigieux dollar-a-year man. La
cohésion sociale de l’époque n’était pas un
mirage : tous les citoyens, quel que soit leur
genre, leur âge ou leur situation sociale,
prenaient leurs responsabilités dans ce colossal
effort de guerre.

Pourquoi je raconte cette histoire ancienne ?
Parce que c’est ce keynésianisme, issu du
New Deal de Franklin Roosevelt et renforcé
par la guerre, qui a finalement tiré
l’Amérique de la Dépression des
années 1930. Y a-t-il une leçon à en tirer pour
nous en 2008 ? Je crois que oui : le monde
est de nouveau plongé dans une grave récession
économique comme au début des
années 1930, et il est de nouveau confronté
à un défi comparable à une guerre. La crise
financière, déjà bien installée aux États-
Unis, atteint les rivages de l’Europe. Le
Fonds monétaire international (FMI) estime
que la crise financière, déclenchée par l’affaire
des subprimes, qui s’étend bien au-delà,
finira par coûter aux contribuables quelque
mille milliards de dollars. Les banques centrales,
aussi bien la Réserve fédérale (Fed)
que la Banque centrale européenne (BCE),
ont déjà casqué plusieurs centaines de
milliards sans enrayer la crise. Que fait une
Banque centrale normalement constituée
en temps de récession ? Elle réduit les taux
d’intérêt pour encourager les demandes de
crédit et aiguillonner l’activité économique.
Mais les taux de la Fed sont déjà si bas
qu’elle ne peut plus guère les réduire. Quant
à la BCE, son unique mandat est de contrôler
l’inflation. De ce fait, elle hausse ses
taux, mais ce sera au prix d’un ralentissement
de l’activité.

Une Banque centrale peut aussi viser une
dévaluation contrôlée de sa monnaie, histoire
d’attirer des touristes et des acheteurs
vers ses produits d’exportation. Les États-
Unis peuvent difficilement continuer à laisser
filer le dollar. La BCE semble vouloir
rendre l’euro le plus cher possible, de manière
à ce que les entreprises européennes ne
puissent plus rien vendre à l’étranger. Enfin,
pour sortir un pays ou une entité comme
l’Europe d’une récession, une banque centrale
peut s’endetter, c'est-à-dire émettre
des obligations sur lesquelles elle paie des
intérêts, et qu’elle promet de rembourser
au bout de quelques années. Là encore, il
y a des limites : les États-Unis ne vivent
déjà qu’à crédit, et la BCE n’émet même pas
d’obligations – c’est sa religion d’exiger des surplus et de honnir les dettes. Que faire
quand l’une, la Fed, a épuisé tous les moyens
traditionnels de relance et l’autre, la BCE,
refuse de se servir des outils à sa disposition ?
Accepter de mariner dans la crise avec tout
le chômage et la misère que cela entraîne ?

Il y a pourtant un autre outil qui n’a jamais
servi et que la crise offre aux dirigeants sur
un plateau d’argent. Jusqu’ici, les banques
centrales ont injecté des centaines de
milliards dans le système bancaire sans
rien demander en contrepartie. L’industrie
financière a tellement pris l’habitude de ne
suivre d’autres règles que celles qu’elle se
donne qu’elle trouve cela normal. Mais les
établissements qui ne tiennent qu’avec des
apports massifs d’argent public doivent être
considérés comme des entreprises publiques,
au service des politiques de l’État.

Pour sortir de la crise écologique, il faut
convertir l’économie actuelle comme si
l’on entrait en guerre, comme dans les
années 1940. L’État ou la BCE doit exiger
que les banques consacrent x % de leurs
prêts à des fins environnementales, comme
les énergies alternatives, la construction de
bâtiments à consommation énergétique
nulle, l’isolement des structures existantes,
l’amélioration des transports en commun
propres et économes, les véhicules et avions
légers moins gourmands en carburant, les
moteurs à hydrogène, que sais-je encore,
le tout à des taux d’intérêt très bas, sinon
nuls. On n’interdit pas aux banques de prêter
pour des projets classiques ou l’achat
de logements non améliorés, mais ce serait
à des taux assez élevés pour subventionner
les taux « écologiques ».

Dans ce scénario, l’État ne se contente
pas de peser sur les investissements des
banques, mais participe aussi directement
à cette conversion environnementale. Il
investit fortement dans la recherche fondamentale
et le développement technologique.
Il trouve les ressources dans des
impôts nouveaux, notamment sur le carbone,
les profits des entreprises transnationales
et toute transaction spéculative
ou financière telle que les opérations de
bourse ou les échanges de monnaies. L’impôt
est rendu neutre ou plus avantageux
pour les PME-PMI. L’on réduit donc les
prélèvements basés sur l’emploi et le travail
pour les transférer vers les nuisances
dues à la pollution par le CO2, à la surconsommation
de ressources non renouvelables,
etc., pour inciter à des comportements
responsables.

Cette redirection de l’argent public et privé
serait créatrice d’emplois car une économie
écologique exige la maîtrise de technologies
nouvelles, des travailleurs bien formés,
productifs et bien payés. Avec un
programme d’isolation des bâtiments anciens,
l’on donne un coup de fouet à la branche
BTP. Les biens écologiques innovants se
vendraient aussi très bien sur les marchés
d’exportation. Pour les pays du Sud, la
meilleure mesure serait l’annulation de l’ensemble
de leurs dettes mais à la condition
qu’eux aussi utilisent une partie des fonds
ainsi libérés à des fins environnementales.

Il s’agit d’une stratégie gagnante pour tout le
monde. Les politiques peuvent « vendre »
un tel programme à leurs concitoyens et
gagner les élections en le réalisant. Une
économie écologique réduit non seulement
la pollution mais aussi les maladies et les
dépenses de santé. L’agriculture et l’alimentation
gagneraient en utilisant moins
d’intrants à base de pétrole et plus de travail
humain. Mais pour que tout cela arrive,
il faut un État qui refuse le néolibéralisme
et le capitalisme pur et dur ; un État interventionniste
qui impose des règles et des lois.
Vous n’en voulez pas ? Vous trouvez que cela
risquerait une fois de plus de tirer le capitalisme
d’affaire ? Vous avez raison. Mais
alors dites-moi comment vous sauvez la
planète dans les dix prochaines années, car
c’est cela l’échéance. Si nous ne faisons pas
cette conversion, le plus grand pollueur du
monde va la réaliser : la Chine. Un rapport
récent fait état de son intention de tendre
vers une économie propre, peu consommatrice
de ressources non renouvelables
et peu émettrice de carbone. La Chine est
déjà le plus grand producteur mondial de
panneaux solaires et elle fournit les deux
tiers du marché des chauffe-eau solaires !
Dès 2009, elle sera la première exportatrice
de turbines à vent. Bien sûr, il lui reste
beaucoup à faire, mais comme la Chine
n’est pas « encombrée » par la démocratie
et une économie purement marchande,
quand elle bouge, c’est plus vite que les
autres (2).

Et les élites, celles qui laissent leur empreinte
écologique gigantesque partout à la surface
de cette pauvre planète ? Organisons pour
elles un ordre très fermé, comme les
« Conquérants du carbone », les « Chevaliers
du vert Avenir » ou les « Défenseurs
de la Mère Terre ». La concurrence
pour y être admis serait féroce ; l’appartenance
donnerait droit à un drapeau
devant la maison, un fanion pour la voiture,
une rosette verte à la boutonnière et
d’autres signes de reconnaissance – peutêtre
même un chèque d’un dollar. Ça flatterait
leur esprit de compétitivité. C’est
en nous libérant du néolibéralisme et en
embrassant un keynésianisme d’un genre
nouveau que nous pouvons nous libérer de
la prison de la crise triangulaire.
S. G.

(1) http://www.ipcc.ch/pdf/assessmentreport/
ar4/syr/ar4_syr_fr.pdf pour la version française
du Rapport de synthèse publié en 2007.

(2) Voir www.theclimategroup.org et « Could China lead
the Green Revolution ? », New Scientist, 1er août 2008.


* Susan George a publié la Pensée enchaînée :
comment les droites laïque et religieuse se sont
emparées de l’Amérique(Fayard, 2007), Un autre
monde est possible si…(Fayard, 2004), Pour ou contre
la mondialisation libérale(avec M. Wolf, Grasset, 2002).

About the authors

Susan George

Susan George is one of TNI's most renowned fellows for her long-term and ground-breaking analysis of global issues. Author of fourteen widely translated books, she describes her work in a cogent way that has come to define TNI: "The job of the responsible social scientist is first to uncover these forces [of wealth, power and control], to write about them clearly, without jargon... and finally..to take an advocacy position in favour of the disadvantaged, the underdogs, the victims of injustice."