La fiction dépasse la réalité

Comment les approches de « prévention du crime » pour « lutter contre l’extrémisme violent » ont institutionnalisé l’islamophobie - Analyse comparative européenne
11 February 2020
Report

Le présent rapport mettra en évidence et comparera les orientations des politiques de prévention du crime liées à la lutte contre l’extrémisme violent (Countering Violent Extremism (CVE)) au Royaume-Uni, en France et aux Pays-Bas, trois pays européens dans lesquels les musulmans constituent une minorité. Nous montrerons également comment, en accordant une attention excessive aux musulmans et en constituant des outils de surveillance latérale, elles contribuent à institutionnaliser les préjugés et les soupçons islamophobes.

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Introduction

Les études sur la question du « pré-crime », terme utilisé en langue anglaise, auquel nous préfèrerons « prévention du crime » dans ce rapport, font souvent (voire systématiquement) référence à la nouvelle de Philip K. Dick Rapport minoritaire, où le terme est apparu pour la première fois, et à juste titre.

L’histoire, rédigée il y a plus d’un demi-siècle en tant qu’avertissement dystopique, reste profondément pertinente. Elle aborde les thèmes du libre arbitre, de l’autoritarisme, de l’équilibre entre la liberté et l’État... autant de débats qui continuent à nous agiter aujourd’hui.

Pourtant, si la question de la prévention du crime fait écho à des inquiétudes sociales et politiques de longue date, c’est également une préoccupation spécifiquement contemporaine des politiciens et de la société, en particulier dans le contexte des politiques de prévention du crime pour lutter contre « l’extrémisme » violent.

Les politiques de « lutte contre l’extrémisme » sont devenues un phénomène mondial. Le présent rapport mettra en évidence et comparera les orientations des politiques de prévention du crime liées à la lutte contre l’extrémisme violent (Countering Violent Extremism (CVE)) au Royaume-Uni, en France et aux Pays-Bas, trois pays européens dans lesquels les musulmans constituent une minorité. Nous montrerons également comment, en accordant une attention excessive aux musulmans et en constituant des outils de surveillance latérale, elles contribuent à institutionnaliser les préjugés et les soupçons islamophobes.

En résumé, les politiques de lutte contre l’extrémisme violent renforcent et institutionnalisent mutuellement un processus dans lequel les musulmans sont considérés, dans le discours général et dans la politique, comme une menace, et se voient progressivement soumis à des techniques de surveillance de plus en plus sophistiquées. C’est à travers ces politiques de lutte contre l’extrémisme violent que les préjugés et les soupçons institutionnalisés à l’égard des populations musulmanes ont été ranimés et légitimés. Le présent rapport examinera les politiques de lutte contre l’extrémisme violent par rapport à ces deux « courants ».

Dans le présent rapport, nous aborderons les principaux concepts de la lutte contre l’extrémisme violent, le contexte des programmes de lutte contre l’extrémisme violent des trois pays concernés et le rôle de la « science » de la lutte contre l’extrémisme violent dans la légitimation des préjugés islamophobes inhérents au processus. Nous nous pen- cherons ensuite sur le rôle de l’idéologie dans les programmes de lutte contre l’extrémisme violent et examinerons dans quelle mesure la dimension culturelle, la structure idéologique et le système de valeurs des politiques de lutte contre l’extrémisme violent génèrent d’importantes ramifications au sein de la société. Puis nous décrirons les actions menées dans le domaine de la lutte contre l’extrémisme violent auxquelles ses défenseurs devraient être vigilants.

La Grande-Bretagne applique une politique particulièrement avancée en matière de prévention du crime pour lutter contre l’extrémisme violent avec sa politique de prévention phare (PREVENT), qui relève de sa stratégie de lutte contre le terrorisme (CONTEST, Countering Terrorism Strategy). Nous utiliserons PREVENT comme référence pour comparer les politiques de lutte contre l’extrémisme violent aux Pays-Bas (considérés comme les pionniers en Europe pour leurs politiques de lutte contre l’extrémisme vis-à-vis des citoyens musulmans après le 11 septembre) et en France, où le modèle de lutte contre l’extrémisme violent appliqué sur le continent a été adopté tardivement.