La place de la pêche artisanale dans la lutte mondiale pour l’agroécologie et la souveraineté alimentaire

20 November 2020
Report

Ce rapport étudie les pratiques et les politiques mises en œuvre par les pêcheries artisanales dans le monde et les situe par rapport aux luttes des mouvements de l'agroécologie et la souveraineté alimentaire.

Photo credit Zoe W. Brent

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Nous introduirons tout d’abord le contexte politique dans lequel les initiatives et les communautés de pêche artisanale évoluent, puis nous expliquerons les difficultés auxquelles elles sont confrontées et leurs manières de s’organiser pour y répondre. Nous présenterons ensuite les liens récents que des initiatives de pêche artisanale ont pu tisser avec les mouvements de l’agroécologie et de la souveraineté alimentaire. Nous discuterons de la manière dont les systèmes alimentaires alternatifs qui incluent la pêche artisanale se sont positionnés par rapport à ces autres mouvements. Enfin, à partir d’expériences locales, nous relierons le vécu et les luttes des pêcheur·se·s à trois débats qui animent les mobilisations pour la souveraineté alimentaire.

Nous traiterons des défis de la transformation et de la relocalisation des économies alimentaires au travers des pratiques de vente directe par des coopératives de pêche artisanale en Turquie. Nous examinerons ensuite les questions de genre et de territoire en nous intéressant aux luttes pour la défense des ressources naturelles et au rôle clé des femmes dans les pêcheries indonésiennes. Enfin, nous étudierons les réalités du travail dans le sys- tème alimentaire actuel, en nous appuyant sur le cas des pêcheries d'Afrique de l'Ouest et d'Europe. Nous mon- trerons l’importance cruciale de confronter les pratiques d’exploitation dans le secteur de la pêche et explorerons la manière dont les migrations et la pêche se recoupent. Prises ensemble, ces trois études de cas nous permet- tront de tirer des parallèles entre les luttes de la pêche artisanale et celles menées dans d’autres domaines comme la paysannerie. Nous verrons que toutes, avec leurs spécificités locales, contribuent à une transformation systémique vers la souveraineté alimentaire.

Le travail de terrain a été mené en 2018 et 2019 pour les trois études de cas. Il a consisté en des observations par- ticipantes et des entretiens avec des pêcheur·se·s et des organisations de la société civile (OSC) qui travaillent avec les communautés de pêche. Depuis, alors que le rapport était en cours de rédaction, la pandémie du Covid-19 a mis en exergue à quel point le système alimentaire mon- dial, contrôlé par un petit nombre d’entreprises, est vulné- rable. Dans de nombreux cas, cette pandémie a aggravé les inégalités et les injustices mises en évidence dans ce rapport. Le transport longue-distance, sur lequel repose une grande partie du système alimentaire industriel, a été interrompu. Les prix du poisson ont chuté, les restau- rants ont cessé d'acheter ou ont été fermés, tout comme de nombreuses criées. L'augmentation du chômage, les mesures de confinement, et les fermetures d'écoles ont exacerbé les tensions au sein des ménages, et les femmes paient le prix de ces détériorations.

Cependant, dans de nombreux cas, les réponses de pê- cheur·se·s artisans aux restrictions dues à la pandémie ont montré que les connaissances et les infrastructures qui participent à renforcer la souveraineté alimentaire existent déjà. Les réseaux de vente directe ont explosé, contribuant ainsi à des systèmes alimentaires plus rési- lients qui valorisent et connectent directement les pê- cheur·se·s artisans saisonniers à leurs client·e·s locaux. Les échanges alimentaires entre pêcheur·se·s et pay- san·ne·s ont représenté une bouée de sauvetage pour la sécurité alimentaire de celles·eux dont les conditions économiques étaient précaires. Alors que les travaux de recherche sur lesquels ce rapport se base sont, pour l’es- sentiel, antérieurs à la pandémie, nous mettrons en évi- dence à plusieurs reprises la pertinence de nos questions dans un monde post-Covid-19.